flashes

la plus belle pour aller suer


Flashes est une rubrique dédiée à une auteure, chercheuse ou artiste romande qui nous dévoile, en quelques traits, un sujet qui lui tient à cœur. Dans ce numéro, Véronique Czáka, historienne et doctorante, et son thème favori: l’éducation physique et le sport comme lieux de (re)production du genre.

«…et contrairement aux clichés, elles n’abdiquent pas leur féminité malgré la rudesse du sport».
C’est en ces termes que Darius Rochebin, présentateur-vedette du 19h30 de la tsr, introduit un sujet consacré à l’équipe féminine suisse de football 1. Le reportage s’ouvre sur le gros plan d’une joueuse blonde en survêtement de sport en train de se mettre du mascara…Ce genre de traitement du sport féminin ne risque pas de faire taire un autre vieux cliché qui veut que maintes activités physiques et sportives se fassent au péril de la «féminité» de ses pratiquantes.

«La femme a droit au sport ( … ) tant que celui-ci lui permet de garder son caractère propre – qui est d’être féminin, il est bon parfois de le rappeler ( … )». Gazette de Lausanne – 26 avril 1934.

Ces mises en garde, récurrentes tout au long du XXe siècle, apparaissent dès la seconde moitié du XIXe, période qui voit la naissance des sports modernes et des premières formes d’éducation physique. Le respect de la bienséance et des apparences poussent parfois à aller à l’encontre du bon sens. On n’hésite pas, à la fin du XIXe siècle par exemple, à préconiser que les exercices pratiqués par les adolescentes dans le cadre des cours de gymnastique scolaire soient adaptés à leur tenue vestimentaire plutôt que l’inverse. Malgré cette recommandation, on imagine difficilement les bienfaits de l’exercice physique en jupe longue, corset et bottines à talon… Même si la « féminité » de cette époque ne présente pas les mêmes caractéristiques que celle d’aujourd’hui, la contrainte faite aux jeunes filles et aux femmes d’en respecter les normes lors de toute activité physique semble être une constante, et gare à celles qui osent la transgresser…

«Mesdames!  Vous qui en avez assez de ressembler à des individus transpirants, écarlates et attifés avec des coloris et des formes hideuses, une solution contre cet état de fait existe. Allez sur le site internet Attractive.fr. Il propose tous les articles de sport vous permettant d’être belles même pendant les efforts intenses». Sur le net, décembre 2010.

Les femmes ont lutté depuis près d’un siècle pour gagner le droit de pratiquer la natation, l’athlétisme ou la boxe, et surtout de les pratiquer en compétition. Malgré les évidents progrès accomplis, les remarques désagréables de spectateurs ou de journalistes sur l’aspect disgracieux voire «hommasse» des sportives pendant l’effort ou les railleries sur leur prétendue faiblesse ou incompétence technique n’appartiennent hélas pas encore au passé. En ce début de XXIe siècle, les femmes peuvent, en théorie, prétendre accéder à l’ensemble des activités sportives, mais toujours à condition d’afficher clairement leur respect des sacro-saints attributs de la féminité!

«Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Le véritable héros olympique est, à mes yeux, l’adulte mâle individuel. Les Jeux Olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs». P. de Coubertin, 1912.

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1
«Football: les footballeuses suisses pourraient participer à la prochaine coupe du monde», 19h30 du 27 octobre 2010, disponible sur www.tsr.ch.

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