sur le vif

GANG ROSE VS BOLLYWOOD


Pink Saris
, nouvel opus indien de Kim Longinotto, portrait documentaire tout en finesse d’une complexe walkyrie…

Février 2011. A l’heure où les flocons du stratus comme de la culture se battent en duel, l’impertinent festival Black Movie, verve artistique en bandoulière, entend bien promener son public de moments de grâce en claques cinématographiques. Entre films de genre japonais, chroniques sociales coréennes et autres Remakes assassins, une série de documentaires indiens jusqu’ici inexplorés sublime des femmes de poigne, truck driveuses imperturbables ou intouchables remontées, bravant ainsi les stéréotypes d’habituels mélodrames bollywoodiens ultra normés.

«Longue vie au gang rose!» scande une procession de femmes en saris roses sur un petit chemin rural d’Uttar Pradesh… Elles se rendent auprès de Sampat Pal, leadeuse charismatique de ces intouchables anticonformistes. Le Gulabi Gang (gang rose) vient en aide à aux femmes de caste subalterne, en proie à des dérives sexistes que l’on imagine en grinçant. Mariages forcés très précoces, violences conjugales et sexuelles, conflits matrimoniaux entre les jeunes promises et leurs maris quand ce n’est pas toute la belle famille, autant de défis quotidiens que Sampat Pal mène de front pour déverrouiller des logiques traditionnelles profondément ancrées.

Entre colère et courage, elle apparaîtrait parfois presque mégalomane cette pionnière nationalement reconnue pour son combat en matière de droits des femmes, tant sa voix ferme la devance, intraitable devant ces hommes qui la menacent où la freinent dans sa quête de liberté! Agitatrice de terrain, elle crée le scandale et fait bouillir les tensions lors de rassemblements villageois, révélant de plus belle l’exercice puissant des contraintes et pressions de la tradition.

Elle semble tellement à l’aise dans son rôle que tout à coup elle craque, Sampat! Elle craque comme elle constate à quel point elle est seule, fatiguée de tous les efforts parfois vains que lui coûte sa révolte. Les dégâts amoureux la guettent quand elle joue trop cavalière seule. S’improvisant mère adoptive et protectrice, elle nous dévoile les projections de son propre passé dans une lutte tant sociale que personnelle pour ces jeunes filles qui lui ont ressemblé ou pour ces amours impossibles de jeunes roméo et juliette avec téléphone portables.

Finalement, si Pink Saris a l’avantage de témoigner intelligemment de situations dramatiques socialement, ce n’est pas tant le gang bienfaiteur qui est mis en avant, mais plutôt la personnalité heureusement contradictoire et complexe de cette héroïne du quotidien. Malgré quelques clichés formels, c’est en évitant de couper certaines scènes doucement dérangeantes à l’égard de Sampat que la réalisatrice crée les conditions d’un réel attachement à ce personnage déterminé et vulnérable, manipulateur à ses heures, terriblement abîmé par sa propre histoire de jeune mariée à 12 ans. La présence de ces aspérités nous soulage, et désamorce les dérives manichéennes.

Un film qui s’approche de ce que les trois programmatrices du festival Black Movie ont en tête lorsqu’elle choisissent d’amener jusqu’au public des perles extra occidentales: dépasser les bornes tout en audace, dérision et volupté.

Toutes les informations sur www.blackmovie.ch

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